Versification Phonologie

Compter les syllabes d'un poème

Par Nolan Lacroix · 17 mai 2026

En français, une syllabe correspond à un son vocalique prononcé. Le reste dépend du contexte.

Comptez les syllabes de vos vers avec Mistiche

Mistiche transcrit chaque vers en phonèmes IPA et compte les syllabes automatiquement, en appliquant les règles du e muet et des élisions.

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1. Qu'est-ce qu'une syllabe ?

En phonétique, une syllabe est une unité sonore organisée autour d'un noyau vocalique : un son de voyelle prononcé. Les consonnes qui l'entourent forment l'attaque et la coda de la syllabe, mais ne comptent pas comme syllabe en elles-mêmes.

Ainsi, chat /ʃa/ a une seule syllabe (une voyelle, /a/), tandis que lumière /ly.mjɛʁ/ en a deux en français courant (ly + mjɛʁ), et parfois trois en versification classique (ly + mi + jɛʁ).

À retenir : pour compter les syllabes, on compte les sons vocaliques prononcés, pas les lettres. « Eau » s'écrit trois lettres mais ne contient qu'un seul son /o/ : une seule syllabe.

2. Règles fondamentales du comptage

En versification française, le comptage des syllabes repose sur quelques principes stables :

Chaque voyelle prononcée = une syllabe

ami /a.mi/ = 2 syllabes · amour /a.muʁ/ = 2 syllabes · espoir /ɛs.pwaʁ/ = 2 syllabes.

Les semi-consonnes : synérèse ou diérèse

Les sons /j/ (yod), /w/ et /ɥ/ sont des semi-consonnes. Dans la prononciation courante, ils fusionnent avec la voyelle suivante en une seule syllabe (synérèse). En versification classique, cette fusion peut être rompue pour former deux syllabes distinctes (diérèse).

/j/ pied : synérèse /pje/ = 1 syl · diérèse /pi.je/ = 2 syl (i = 1re syl, j reste en attaque)
/w/ oui : synérèse /wi/ = 1 syl · diérèse /u.wi/ = 2 syl (u = 1re syl, w reste en attaque)
/ɥ/ nuit : synérèse /nɥi/ = 1 syl · diérèse /ny.ɥi/ = 2 syl (y = 1re syl, ɥ reste en attaque)

Les règles exactes dépendent du mot, de sa classe grammaticale et du contexte. Elles sont nombreuses en versification classique : Mistiche les applique automatiquement dans l'analyse de vos poèmes.

Les graphies muettes ne comptent pas

Le -s final de temps, le -t de enfant, le -x de voix ne se prononcent pas : ils n'ajoutent aucune syllabe.

3. Le e muet : le principal piège

Le e caduc (ou e muet) est le -e final de mots comme belle, fenêtre, lumière. En français parlé moderne, il disparaît le plus souvent. Mais en versification classique, il est compté comme une syllabe à part entière, sauf dans deux cas.

Ce son vocalique se note /ə/ en phonologie. Mistiche l'ajoute automatiquement selon des règles précises dérivées de la morphologie du mot :

Terminaison E muet ajouté ?
-e Oui, sauf avant une voyelle
-es Oui
-ent Oui (si non nasal)
-aient, -oient Non

Exemples concrets en versification classique :

belle /bɛ.lə/ = 2 syllabes (bel + le muet)

fenêtre /fə.nɛ.tʁə/ = 3 syllabes (fe + nê + tre muet)

passaient /pa.sɛ/ = 2 syllabes (terminaison -aient : pas de /ə/)

chantent /ʃɑ̃.tə/ = 2 syllabes (terminaison -ent sur verbe non nasal : /ə/ ajouté)

Exception : en fin de vers, le e muet de la dernière syllabe n'est jamais compté. Il produit une rime féminine mais reste en dehors du décompte métrique.
  • belle (fin de vers) : /bɛl/ = 1 syl métrique [+ le, e muet féminin]
  • fenêtre (fin de vers) : /fə.nɛtʁ/ = 2 syl métriques [+ re, e muet féminin]
  • chantent (fin de vers) : /ʃɑ̃t/ = 1 syl métrique [+ ent, e muet féminin]

4. Élision et hiatus

Le e muet disparaît automatiquement lorsque le mot suivant commence par une voyelle : c'est l'élision. Ce phénomène réduit le nombre de syllabes du vers.

« bel(le) île » → /bɛ.lil/ = 2 syllabes (le e de belle s'élide devant île)
« belle nuit » → /bɛ.lə.nɥi/ = 3 syllabes (pas d'élision, la nuit commence par consonne)

Le hiatus est l'inverse : deux sons vocaliques se succèdent sans élision ni semi-consonne, créant un effet de friction sonore. La versification classique l'évite, mais la poésie moderne peut l'exploiter délibérément.

Règle pratique : en versification classique, si un mot se termine par -e et que le mot suivant commence par une voyelle, le -e ne compte pas. Sinon, il compte.

5. Exemples dans des vers classiques

Voici comment décomposer un alexandrin célèbre syllabe par syllabe :

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »

Pour - qui - sont - ces - ser - pents / qui - sif - flent - sur - vos - [-tes, e muet féminin]

« sifflent » : sif(8) + flent(9), le e muet de -ent compte devant consonne. « têtes » : tê = 12e syllabe métrique, -tes = e muet féminin final, non compté.

Racine, Andromaque (1667) · 12 syllabes · alexandrin
« Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici »

Ma - dou - leur - don - ne - moi / la - main - viens - par - i - ci

Le -e de « donne » compte car le mot suivant est « moi » (commence par consonne).

Charles Baudelaire, Recueillement · 12 syllabes · alexandrin
Mot Phonologie (versification classique) Syllabes
soleil /sɔ.lɛj/ 2
lumière /ly.mjɛʁ/ · /ly.mi.jɛʁ/ 2 (synérèse) ou 3 (diérèse)
belle /bɛl/ 1
belle âme /bɛ.lam/ 2 (élision du e muet)
étincelle /e.tɛ̃.sɛ.l/ 3

6. Exercices : comptez les syllabes

Entraînez-vous sur ces trois vers. Comptez les syllabes, puis cliquez sur « Voir la réponse ».

Exercice 1 · facile

« Le soleil brille »

Fin de vers. Aucune élision.

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4 syllabes métriques

Le - so - leil - bril[-le, e muet féminin]

  • « le » = 1 syl (e muet avant consonne /s/ : compté)
  • « soleil » = so + leil = 2 syl
  • « brille » en fin de vers = bril (1 syl) + le muet féminin non compté

Exercice 2 · e muet avant consonne

« La belle forêt »

Le e muet de « belle » est-il compté ?

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5 syllabes métriques

La - bel - le - fo - rêt

  • « belle » = bel + le ; « le » avant « forêt » /f/ (consonne) : e muet compté = 2 syl
  • « forêt » = fo + rêt = 2 syl (pas de e final)

Exercice 3 · élision

« La belle île lointaine »

Fin de vers. Le e muet de « belle » s'élide-t-il ?

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6 syllabes métriques

La - bel - î - le - loin - tai[-ne, e muet féminin]

  • « belle » avant « île » (commence par voyelle /i/) : e muet élidé → bel = 1 syl
  • « île » = î + le ; « le » avant « lointaine » /l/ (consonne) : e muet compté = 2 syl
  • « lointaine » en fin de vers = loin + tai (2 syl) + ne muet féminin non compté

Exercice 4 · rime masculine vs féminine

« Les oiseaux chantaient »

Fin de vers. Combien de syllabes ? Et si c'était « chantent » à la place ?

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5 syllabes métriques : rime masculine

Les - oi - seaux - chan - taient

  • « chantaient » = chan + taient = /ʃɑ̃.tɛ/ = 2 syl : la terminaison -aient ne prend jamais de /ə/, même en fin de vers
  • Le vers se termine par le son plein /ɛ/ : c'est une rime masculine (pas de schwa final)
  • Avec « chantent » à la place : Les(1)-oi(2)-seaux(3)-chan(4) + tent [e muet féminin] = 4 syl métriques, rime féminine
  • En versification classique, -aient s'emploie uniquement en fin de vers (jamais au milieu, car ça produirait un e caduc malvenu)

Exercice 5 · -ent en milieu de vers

« Les enfants chantent la nuit »

Comparez avec « Les enfants chantent » seul en fin de vers.

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7 syllabes

Les - en - fants - chan - tent - la - nuit

  • « chantent » en milieu de vers = chan + tent = 2 syl (e muet de -ent compté avant /l/ consonne)
  • Si « chantent » était en fin de vers : chan (1 syl) + tent [e muet féminin non compté] = 6 syl au total
  • C'est le même mot, mais sa position dans le vers change son compte !

Exercice 6 · alexandrin classique

« Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle »

Ronsard, Sonnets pour Hélène (1578) · « bien » et « vieille » : synérèse ou diérèse ?

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12 syllabes : alexandrin parfait

6 + 6 (césure après « vieille »)

Quand - vous - se - rez - bien - vieille / au - soir - à - la - chan - del[-le, e muet féminin]

  • « serez » = se + rez = 2 syl (e muet de « se » compté avant /ʁ/ consonne)
  • « bien » = /bjɛ̃/ = 1 syl (synérèse figée, comme chien, rien, mien)
  • « vieille » = /vjɛj/ = 1 syl (synérèse ; e muet élidé avant « au » voyelle)
  • « chandelle » fin de vers = chan + del (2 syl) + le [e muet féminin non compté]

7. Compter automatiquement avec Mistiche

Mistiche applique l'ensemble de ces règles automatiquement. Il transcrit chaque mot de vos vers en phonèmes IPA, construit la signature C/V (consonne/voyelle) de chaque syllabe, puis compte les noyaux vocaliques. Le e muet est ajouté selon la terminaison du mot, l'élision est calculée mot par mot selon le contexte phonétique qui suit.

Le résultat : un compte de syllabes par vers, un schéma métrique, et une détection automatique des éventuelles diérèses ou synérèses. Vous pouvez aussi consulter la transcription phonétique complète de chaque ligne pour comprendre chaque décision.

Analyser vos vers avec Mistiche

Syllabation · e muet · schéma de rimes · densité phonémique · rapport poétique

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