Au fond du gouffre
par nellya ·
Je crois que je suis descendue trop loin, là où même les étoiles refusent de laisser tomber leur lumière. Chaque marche derrière moi s’efface, chaque retour devient impossible, et je ne sais plus si je descends encore ou si je suis déjà arrivée au fond. Le ciel s’est fermé au-dessus de moi, comme une porte qu’on aurait verrouillée de l’autre côté. J’appelle, mais ma voix se brise avant même d’atteindre les murs. Alors je me tais, parce qu’à force de crier dans le vide, on finit par croire que personne n’écoute. Je suis fatiguée de tenir, fatiguée de faire semblant d’aller bien, de porter mes sourires comme on porte des vêtements trop lourds. J’aimerais poser tout ce que je suis, mes peurs, mes souvenirs, mes blessures, mes regrets, et simplement ne plus avoir à lutter. Il y a des nuits où la lumière me paraît être un mensonge, où demain ressemble à un mot étranger, où je ne sais même plus si je serai capable d’atteindre un jour où ça fera moins mal. Je regarde le fond du gouffre et quelque chose en moi murmure : « abandonne. » Comme si lâcher prise était devenu plus facile que de continuer à respirer. Je voudrais partir, pas parce que je sais où aller, mais parce que je ne sais plus comment rester. Et pourtant, quelque part sous les décombres, il reste une chose minuscule que je n’arrive pas à faire taire : une part de moi qui ne demande pas encore de vivre heureuse, seulement de ne plus souffrir autant. Alors je reste là, au bord de moi-même, dans cette nuit sans fin, sans savoir si je remonterai un jour. Je n’ai pas de lumière. Je n’ai pas de réponse. Je n’ai même plus la force d’espérer. Mais je suis encore là. Et pour l’instant, peut-être que cela devra suffire.